• Un religieux musulman devant la justice égyptienne pour blasphème envers… la Bible

     
     
     
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    Un religieux musulman devant la justice égyptienne

    pour blasphème envers… la Bible

    4 octobre 2012

     

    Le Caire a ses « oraisons » que l’« oraison » ne connaît point : un religieux intégriste musulman est traduit en justice depuis le 30 septembre dernier pour avoir profané un exemplaire de la Bible. Dans cette affaire, la raison diplomatique semble prendre le pas sur les impératifs religieux, et Le Caire méditer une prière plus stratégique que spirituelle. Dans le même temps, le quotidien égyptien Bikya Masr annonce qu’un tribunal a ordonné, le 4 octobre, la remise en liberté de deux enfants chrétiens illettrés de 9 et 10 ans dans une affaire de blasphème contre la religion musulmane, en attendant leur rencontre avec le procureur ce samedi. Un musulman affirme que les enfants ont uriné sur le Coran.

    C’est à l’occasion des troubles consécutifs à la découverte de la vidéo « L’innocence des musulmans », qu’Ahmed Mohammed Abdullah avait déchiré une Bible devant une foule chauffée à blanc (Barnabas Fund parle de destruction par le feu), avant d’annoncer qu’il urinerait sur un autre exemplaire du livre si les provocations à l’encontre de l’islam reprenaient. Ses propos avaient été enregistrés et diffusés sur Internet. Les mêmes charges pèsent sur son fils. Le religieux, qui possède par ailleurs une chaîne de télévision islamiste, est également accusé d’avoir insulté le christianisme lors d’un entretien avec un journaliste d’Al-Tahrir. Les deux prévenus risquent jusqu’à cinq ans de prison.

    Vers un vrai précédent jurisprudentiel ou choix stratégique momentané ?

    En cas de condamnation, la justice aura appliqué la loi qui interdit l’offense aux religions dites « révélées », le judaïsme, le christianisme et l’islam. La jurisprudence ne colle toujours pas à la loi, les tribunaux ne s’occupent d’habitude guère des cas de blasphèmes envers les deux premières traditions religieuses pour ne punir que des personnes supposées avoir insulté la religion du Coran. La décision du ministère public est d’autant plus surprenante dans une Egypte désormais dirigée par un Frère musulman.

    Le Président Morsi ne s’était pas montré diligent pour dénoncer les violences liées au film « L’innocence des musulmans » ; il avait même précisé, après l’attaque contre l’ambassade américaine au Caire, « Nous tous, Egyptiens, rejetons toute forme d’agression ou d’insulte visant le Prophète ! » ; ce alors que, peu avant, les islamistes avaient assassiné le représentant des Etats-Unis en Libye. Le propos était peu diplomatique, surtout à l’endroit d’un allié dont l’Egypte reçoit pour 1,3 milliards de dollars d’aide militaire par an. Il s’agit désormais de retrouver un semblant de présentabilité sur la scène internationale. Les deux affaires judiciaires peuvent être utiles à cette fin, l’Egypte craignant peut-être d’attirer l’attention internationale sur elle, comme le Pakistan récemment, en laissant les deux enfants en détention avant leur procès, et souhaitant probablement donner une image de respect du principe d’égalité.

    Lors de la campagne présidentielle, Mohamed Morsi avait promis aux islamistes que les chrétiens auraient le choix entre payer la jiziya, un impôt islamique discriminatoire, ou quitter le pays. Le même Morsi a récemment affirmé qu’il n’y avait pas de persécution de chrétiens en Egypte, alors que leur situation a considérablement empiré depuis la révolution de la place Tahir. L’heure est à la prudence sur la scène internationale après avoir commis un impair suite aux attaques contre les ambassades en Libye et au Caire. Et davantage qu’un vrai précédent jurisprudentiel, une condamnation ressemblerait surtout à une manière de restaurer l’image du pays en donnant le sentiment de refuser la discrimination, alors que le justice égyptienne peut même condamner à de la prison à vie des Coptes se défendant d’une agression menée par des islamistes. Dans cette veine, on constatera avec surprise la récente décision du ministère de l’Education d’intégrer des passages de la Bible dans l’enseignement des droits de l’homme quand, dans le même temps, le pouvoir ne veille pas réellement à la sécurité des chrétiens…

    Dans l’affaire judiciaire concernant la prétendue profanation du Coran par des enfants, le père de l’un d’eux affirme que les enfants ont déposé devant la mosquée le livre trouvé dans une décharge, ne sachant qu’en faire. Quand bien même les accusations seraient fondées, l’illettrisme des enfants serait embarrassant pour les autorités, d’où probablement leur provisoire remise en liberté. La justice égyptienne risque de devoir se livrer à un exercice de contorsion pénale pour ne pas choquer à l’étranger dans le cas où elle les jugerait coupables. De même le procès en cours d’un blogger copte accusé d’avoir donné un lien dirigeant vers la vidéo de « L’innocence des musulmans » vient rappeler que la notion de blasphème est très largement entendue en Egypte quand l’islam est concerné. C’est l’une des différences avec le traitement des autres religions « révélées » censées être protégées des offens.es. Il reste à savoir si cette loi sur le blasphème verra son champ rétréci au profit du seul islam, les Frères musulmans voulant imposer la charia en Egypte

    Droit d’auteur : JD Amadeus d’Aigre de Ruffec

    Reproduction autorisée avec mention http://fidepost.com/

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