• Une équipe de scientifiques se prend pour Dieu

    Une équipe de scientifiques se prend pour Dieu et vient de créer une cellule vivante synthétique

    Le Point

    C’est une percée scientifique dont la portée est quasiment inestimable. Une équipe du centre Craig Venter est parvenue à produire une cellule vivante dotée d’un génome synthétique. Une forme de vie non plus créée par Dieu, mais par la main de l’homme. Cette découverte, qui représente une avancée considérable dans la compréhension des mécanismes de la vie, ouvre du même coup la voie à la fabrication d’organismes artificiels. « Il s’agit de la création de la première cellule vivante synthétique, au sens où celle-ci est entièrement dérivée d’un chromosome synthétique », explique Craig Venter, créateur de l’Institut du même nom et coauteur du premier séquençage du génome humain, rendu public en 2000.

    Toutefois, si la découverte de l’institut Craig Venter met à portée de l’homme une large palette de solutions, elle pourrait aussi, entre de mauvaises mains, se révéler extrêmement dangereuse.

     

    DÉCOUVERTE

    RÉVOLUTION - La vie inventée pour la seconde fois par des scientifiques

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    RÉVOLUTION - La vie inventée pour la seconde fois par des scientifiques

    Craig Venter et le docteur Hamilton Smith dans leur laboratoire © J. CRAIG VENTER INSTITUTE/HO/EPA/MAXPPP

    C'est une percée scientifique dont la portée est quasiment inestimable. Une équipe du centre Craig Venter est parvenue à produire une cellule vivante dotée d'un génome synthétique. Une forme de vie non plus créée par Dieu, mais par la main de l'homme. Cette découverte, qui représente une avancée considérable dans la compréhension des mécanismes de la vie, ouvre du même coup la voie à la fabrication d'organismes artificiels. "Il s'agit de la création de la première cellule vivante synthétique, au sens où celle-ci est entièrement dérivée d'un chromosome synthétique", explique Craig Venter, créateur de l'Institut du même nom et coauteur du premier séquençage du génome humain, rendu public en 2000.

    "Ce chromosome a été produit à partir de quatre flacons de substances chimiques et d'un synthétiseur, et tout a commencé avec des informations dans un ordinateur", poursuit le chercheur, coauteur de ces travaux parus le 21 mai dans la revue américaineScience. Cette percée "change ma vision de la définition de la vie et de son fonctionnement. Cette approche est en effet un très puissant instrument pour tenter de concevoir ce que nous attendons de la biologie et nous pensons ainsi à une gamme étendue d'applications", précise Craig venter.

    Déjà, en 2008, Craig Venter avait annoncé être parvenu avec son équipe à fabriquer un génome bactérien 100 % synthétique en collant des séquences d'ADN synthétisées bout à bout afin de reconstituer le génome complet de la bactérie Mycoplasma genitalium. Ce génome avait ensuite été transplanté dans une autre bactérie, mais sans que celle-ci puisse fonctionner. Pour créer une cellule contrôlée par un génome synthétique, les chercheurs ont repris ces deux techniques élaborées en 2008. Le génome qu'ils ont fabriqué est la copie d'un génome existant, celui de la bactérie Mycoplasma mycoïde, mais avec des séquences d'ADN supplémentaires pour l'en distinguer. Ils ont ensuite transplanté ce génome synthétique dans une autre bactérie, appelée Microplasma capricolum, réussissant à "activer" les cellules de cette dernière.

    Des algues pour capturer le CO2

    "Si ces techniques peuvent être généralisées, la conception, la synthèse, l'assemblage et la transplantation de chromosomes synthétiques ne seront plus des obstacles aux progrès de la biologie synthétique", écrivent les chercheurs dans un résumé de leur étude. Le Craig Venter Institute a donc aussitôt déposé des brevets recouvrant certaines des techniques décrites dans les travaux publiés jeudi. L'équipe de Craig Venter va maintenant tenter de concevoir des algues capables de capturer le dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre, et de produire de nouveaux carburants propres. Des recherches sont aussi en cours pour accélérer la production de vaccins, fabriquer de nouvelles substances chimiques, des ingrédients alimentaires et des bactéries capables de purifier l'eau.

    Toutefois, si la découverte de l'institut Craig Venter met à portée de l'homme une large palette de solutions, elle pourrait aussi, entre de mauvaises mains, se révéler extrêmement dangereuse. Ainsi Pat Mooney, directeur de l'ETC Group, organisme international privé de surveillance des technologies dont le siège est au Canada, a-t-il qualifié ces travaux de "boîte de Pandore". Il estime que la biologie synthétique est un "champ d'activité à haut risque, mal compris, motivé par la quête du profit". "Nous savons que les formes de vie créées en laboratoire peuvent devenir des armes biologiques et menacer aussi la biodiversité naturelle", a-t-il averti dans un communiqué. Les robots intelligents qui surpassaient l'humain dans les films de science-fiction semblent aujourd'hui totalement dépassés.


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